Quand Hubert Jannon signe une formidable enquête, ou "Villeurbanne, La rafle, 01 mars 1943".

juin 20, 2016





Le 1er mars 1943 les autorités nazies raflent plus de 100 hommes à Villeurbanne. VILLEURBANNE, LA RAFLE, 01 MARS 1943 de Hubert Jannon en est le récit. Le travail de l'auteur est le plus important qu'il m'ait été donné de lire à ce jour sur la rafle villeurbannaise. Plus de deux années à glaner et vérifier témoignages et informations diverses font de ce livre une véritable pépite.

« Fin 1943, 51 raflés n'avaient pas encore donné de leurs nouvelles. En février 1944, la mairie ne savait pas encore combien d'hommes exactement avaient été arrêtés et parlait de 131. On ne connaît d'ailleurs pas avec précision le nombre exact de raflés. Aucune liste complète n'a été trouvée, mis à part celle établie par la mairie ou par des déportés après la guerre. »

On apprend rapidement qu'il n'a pas été possible de recenser la totalité des déportés ni même d'en connaitre le nombre précis. On ne sait pas exactement, par exemple, ce qu'il est advenu de la trentaine d'hommes arrêtés aux Charpennes deux jours auparavant. Les chiffres annoncés ne sont pas clairs et varient. L'Histoire retiendra 300 hommes interrogés et 180 déportés, néanmoins Hubert Jannon ne retrouve que 139 noms. Pour chaque homme l'auteur a fourni un travail de fourmi, date de naissance, éventuellement de décès, adresse à la date de la rafle, profession, lieu de déportation, matricules, etc..
Viennent ensuite les descriptions des principaux camps ayant accueilli des Villeurbannais : Mauthausen, Ebensee, Gusen, Dora et Loibl Pass. L'auteur parvient à garder une forme de sobriété dans ses descriptions, ne cherchant pas à diaboliser les gardiens ou à attirer la pitié du lecteur.

« Quand le soldat américain fut à une dizaine de mètres, je commençais à distinguer son visage, livide, sous l'ombre du casque. Était-ce la peur ? L'idée ne m'effleura qu'à peine. N'était-ce pas ainsi, simplement pour avoir marché tout au long d'une allée jonchée de cadavres squelettiques auxquels, pour ma part, je ne prêtais qu'une faible attention. C'était un peu sa descente aux enfers. Il était encore un homme. Moi, il me faudrait le redevenir.  »

La deuxième moitié de VILLEURBANNE, LA RAFLE, 01 MARS 1943 se compose quasi exclusivement de témoignages et courriers. Les témoignages sont plein de pudeur, Hubert Jannon a laissé aux anciens déportés leur intimité et ne fait preuve d'aucun voyeurisme. Par ces récits directs et indirects on découvre non seulement les circonstances des arrestations mais aussi les affectations de chaque homme et les conditions de libération ou les ruses employées pour s'évader.
Le livre se clôt sur deux magnifiques textes dont un de Jacques Widmer, déporté de la rafle de Villeurbanne, qui mettra la larme à l’œil au plus insensible.

Je ne peux qu’espérer que VILLEURBANNE, LA RAFLE, 01 MARS 1943 soit réédité avec une mise en page plus travaillée facilitant la lecture.

« Nous sommes le dimanche 28 février 1943 au soir. Beaucoup ne se doutent pas qu'ils vont passer leur dernière nuit dans leur lit. Aucun ne se doute du destin horrible qui les attend. »


-> VILLEURBANNE, LA RAFLE, 01 MARS 1943, de Hubert Jannon - Éditions Bellier, 2015 - 160 pages - 20



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